Le sens de la vie

Quand on suit un chemin de vie bien appris et bien défini, la direction semble venir de soi : faire des études, trouver un travail qui vous plaît, se marier, acheter une maison, faire des enfants, une carrière… En somme, c’est un scénario simple, qui s’impose de lui même !

C’est la mise en oeuvre du programme que la société nous dicte. Certains y arrivent avec plus d’aisance que d’autres. Et c’est déjà une bonne jauge pour savoir à quel point on correspond ou pas aux attentes de la société. Pour les personnes dont les valeurs ne sont pas trop en dissonance avec ces attentes, ce programme s’impose comme une évidence, et la vie sociale se déroule simplement, sans heurts. Ces personnes la plupart de temps vivent des vies simples, avec ses bonheurs et ses peines, mais sans tourments particuliers quant au sens de la vie et autres problèmes existentiels. L’erreur serait de croire que cela serait dû à un quelconque manque d’intellect : la chance de ces personnes-là est d’être à leur place dans la société qui les entoure, les questions existentielles n’ayant pas lieu d’être. En effet, ces questionnements apparaissent quand nous nous perdons sur le chemin de la vie, voire quand on se trouve au bord d’un gouffre psychologique.

Il existe des personnes qui ne sont pas entièrement en harmonie avec les attentes sociétales. Cela ne les rend en aucun sens du terme “spéciaux” ou “meilleurs”. Elles sont juste différentes et cette différence leur pose beaucoup de difficultés. Non seulement elles se sentent en décalage, mais cela les mène à se torturer l’esprit sur leur place sous le soleil, sur la mort qui arrive toujours plus tôt qu’on ne le pense, sur le sens de l’existence…

Et là il se produit souvent un phénomène intéressant : les réflections sur sa propre inadéquation avec les valeurs de la société mènent au constat que toutes les valeurs sont relatives. Et quand on réalise finalement que les injonctions normatives auxquelles on n’arrive pas à s’adapter n’ont aucun fondement, on peut se sentir libre. Cela laisse l’incroyable liberté de pouvoir poser ses propres repères et permet de rediriger l’énergie gaspillée à se conformer à tout prix vers d’autres poursuites… Beaucoup de personnalités artistiques sont de cette facture. 

Quand une personne réalise que ce ressenti du vide existentiel vient de son décalage par rapport à la norme, et que cette norme elle-même n’est qu’une fiction, elle se dit avoir compris : le sens la vie n’existe pas ! Et bien qu’on pourrait croire que cela devrait être réellement libérateur, hélas, le sentiment du vide ne la quitte pourtant pas. Les stéréotypes sont tombés mais pourtant le questionnement existentiel est toujours là. Et si précédemment cette personne cherchait à remplir ce vide par une quête de satisfaction du programme sociétal — famille, carrière, sexe ou pouvoir — désormais elle abandonne cela en faveur de l’hédonisme. Sans croire dans les idéaux de la société, il faut quand même s’occupеr pour ne pas mourir d’ennui ! 

Avant sa vie avait un sens — même si ce sens était faux — désormais notre héros est dans une situation bien pire. Sa seule consolation est de se dire qu’il est bien plus intelligent que tous ces moutons heureux comme leurs comptes Instagram bien conformes. 

C’est là que réside le paradoxe : bien que le sens la vie n’existe pas dans un quelconque sens général du terme, chacun d’entre nous a bien besoin de trouver son propre et bien individuel sens de la vie. Se pose donc la question : comment le trouver. 

L’angoisse qui habite la personne qui cherche à quoi pourrait-elle bien se consacrer, est de se tromper de voie. Que va-t-il se passer si ce n’est pas le bon choix ? Tous ces efforts qui seront gaspillés ! Or, nous n’avons qu’une seule vie… Ce genre de questionnement peut littéralement bloquer une personne et lui empêcher de faire quoi que ce soit : il est difficile d’avancer face à l’incertitude. Et on repousse les choix à plus tard… Malheureusement cet état infantile de flou et d’indécision, ne permet aucunement d’avancer et laisse les personnes qui y sont bloquées en spectateurs de la vie d’adultes qui eux, ont réussi à faire des choix. 

Finalement, la réponse à la question comment choisir à quoi se consacrer est probablement très (trop ?) banale : cela n’a aucune importance, pourvu qu’on s’y consacre !